Onze nuits de relevés rue de la Ravinelle
Un sonomètre a tourné deux semaines sur un balcon du 14 rue de la Ravinelle, posé le 8 septembre au soir chez un riverain qui a accepté de laisser brancher l'appareil sur une prise de son salon, et c'est ce même balcon qui a fourni la mesure la plus lourde du dossier.
La plainte déposée le 24 septembre par l'association Vivre au Centre s'appuie sur onze nuits d'enregistrement continu, de 22h00 à 5h00, et sur quatre prélèvements de poussière effectués sur des rebords de fenêtre. Aucun de ces relevés n'a été commandé par la Ville de Nancy ni par l'exploitant du chantier.
Les chiffres sont bruts. Soixante-trois décibels en moyenne entre 23h00 et 2h00, relevés les nuits du 11, du 12 et du 17 septembre, contre 41 décibels mesurés au même endroit un mois plus tôt : le seuil de 55 décibels est franchi dix nuits sur onze, et les dépôts de poussière atteignent 4,7 grammes par mètre carré sur le rebord du 14, contre 0,9 gramme au 22 rue de la Ravinelle, côté cour.
Rue Clemenceau, à deux rues de là, personne n'a rien remarqué. Le bruit reste circonscrit à un triangle d'environ 300 mètres, entre la rue de la Ravinelle, la rue Gambetta et le boulevard Albert-1er. La rue Gustave-Simon n'a rien signalé non plus, et aucune mesure n'a été prise en dehors de ce périmètre étroit.
Émilie Roux, qui suit les dossiers de riverains chez Erthzone EURL à Nancy, résume la situation sans détour : « On nous apporte des chiffres, pas des impressions. C'est ce qui change tout dans un dépôt de plainte. »
Le chantier se poursuit selon le calendrier affiché en mairie. Fin du terrassement : 15 novembre.
Ce que le dossier change pour les riverains
Une plainte environnementale ne suspend pas un chantier. Elle ouvre un délai.
Le dossier enregistré le 24 septembre sous la référence 54-2026-0912 laisse aux services concernés plusieurs semaines pour demander des vérifications contradictoires, sans qu'aucune suite ne soit garantie à ce stade, ce que les signataires savent déjà et répètent à qui veut l'entendre depuis la réunion du 27 septembre au café du Commerce, place Stanislas, où vingt-deux personnes se sont retrouvées, dont sept enfants de moins de dix ans qui habitent les trois rues concernées.
Pour les onze foyers signataires, l'effet immédiat est ailleurs. Ils savent désormais à quelle heure le bruit commence, quelle machine le produit et quel jour la poussière retombe. C'est peu.
Manon Robert, qui gère les achats et les fournisseurs chez Erthzone, a été sollicitée pour fournir des bouchons d'oreille moulés aux familles du secteur. Sa réponse est simple : « Nous avons reçu quatorze demandes en trois jours. Ce n'est pas notre métier, mais nous orientons vers un audioprothésiste de la rue Saint-Dizier. »
Le gymnase du parc de la Pépinière, à 400 mètres, accueille le club de handball les mardis et jeudis jusqu'à 22h30. Les entraînements du mardi ont été déplacés au vendredi, à la demande des parents. Le club, lui, n'a déposé aucune plainte.
Ce que nous ne faisons pas
Erthzone EURL est un atelier de réparation installé au 13 place de Bretagne, à Nancy.
Nous réparons des tentes, des sacs à dos, des fermetures à glissière, et nous assurons l'imperméabilisation, l'entretien des skis et des patins depuis 2007. Nous ne prenons aucune mesure acoustique à titre professionnel, nous ne réalisons pas d'analyses de poussière et nous ne représentons personne devant une autorité, quelle qu'elle soit.
Nous n'assurons ni conseil juridique, ni conseil médical, ni conseil financier. Le dossier du 24 septembre a été constitué par les riverains eux-mêmes, avec l'appui d'un acousticien indépendant dont le nom n'a pas été communiqué. Nous ne sommes ni mandatés, ni rémunérés, ni cités dans la plainte, et nous n'avons aucun accès aux pièces du dossier.
Nous n'intervenons pas sur les véhicules, ni sur les installations électriques, ni sur les circuits de froid, ni sur le bâti de quelque façon que ce soit. Nous n'appliquons aucun pesticide ni biocide. Nous n'avançons ni numéro d'entreprise, ni licence, ni adhésion à un ordre professionnel.
Du lundi au vendredi, l'atelier est ouvert de 9h00 à 18h00. Le samedi, de 9h00 à 13h00. Le dimanche, fermé. Téléphone : 03 08 24 18 91. Courriel : [email protected].
Le site est erthzone.digital, sans autre adresse.
Trois semaines plus tôt, un autre seuil
Le 3 septembre, avant la pose des capteurs, la rue de la Ravinelle vivait encore à 41 décibels la nuit. C'est la mesure de référence du dossier, et personne n'a demandé à la reproduire ailleurs dans le centre-ville, ce qui limite la portée de la comparaison à un seul triangle de rues, entre Gambetta et le boulevard Albert-1er.
Émilie Robert, qui assure l'administration chez Erthzone depuis 2007, note que la question du bruit revient chaque automne à Nancy, quand les travaux de voirie reprennent après l'été. « Les plaintes arrivent en octobre. Les mesures, elles, se font en septembre, sinon on mesure le passage des camions et rien d'autre. »
Nicolas Lefebvre, en charge des devis, a reçu deux demandes de riverains qui souhaitaient faire recoudre des bâches de protection. Elles ont été refusées.
Le tissu concerné ne relève pas de notre atelier, et une bâche de chantier se remplace plutôt qu'elle ne se répare au fil et à l'aiguille sur un balcon du troisième étage, avec le vent qu'on connaît dans cette rue en octobre.
Nicolas Petit, qui gère les rendez-vous, a réorganisé les créneaux du samedi matin pour absorber les dépôts de sacs. Trois clients du quartier ont apporté leur matériel en une seule visite, le 26 septembre, entre 10h00 et 11h30.
Le calendrier qui reste ouvert
La fin du terrassement est annoncée pour le 15 novembre 2026. Les revêtements définitifs sont prévus au printemps 2027, avec une interruption hivernale.
Le collectif a demandé une rencontre avec le responsable de chantier avant le 30 octobre, et aucune date n'a été fixée à ce jour, ce qui laisse les onze foyers dans l'attente d'une réponse écrite qu'ils réclament depuis la fin septembre sans l'avoir obtenue.
Une plainte n'ouvre droit à rien. Elle crée une trace.
Les signataires savent qu'ils devront peut-être recommencer les mesures au printemps, sur leurs propres deniers, si le dossier connaît une suite. Le coût d'un sonomètre loué pour deux semaines avoisine 380 euros, selon trois devis obtenus en septembre.
Le club de handball du parc de la Pépinière n'a pas déposé de plainte. Dix-sept familles ont simplement changé d'horaire. Le gymnase rouvrira ses créneaux du mardi quand le bruit redescendra, ce que personne ne peut dater aujourd'hui, ni la mairie, ni l'exploitant, ni les riverains eux-mêmes.